Lorsque le New Amsterdam Theatre a ouvert ses portes en 1903, Times Square — alors appelé Longacre Square — était en passe de devenir le cœur du théâtre new-yorkais. Conçu par Herts & Tallant, les plus grands architectes de théâtre de leur époque, ce théâtre était leur plus belle réalisation à New York et la plus célèbre, saluée tant pour son exubérance architecturale que pour son audace technique. De 1913 à 1927, il a accueilli les Ziegfeld Follies, et sa scène a vu se succéder Will Rogers, W. C. Fields, Eddie Cantor, Fanny Brice, ainsi que Fred et Adele Astaire. Lorsque le cabinet prédécesseur de H3 a commencé ses travaux, cette histoire avait presque disparu.
Lors de son inauguration, le théâtre fut salué comme le premier édifice des États-Unis à adopter une décoration Art nouveau. Il ne s’agit toutefois pas d’Art nouveau au sens strict du terme, mais plutôt d’un ensemble éclectique d’ornements fantaisistes : des panneaux en relief en plâtre représentant des scènes de Shakespeare et de Wagner, des fresques illustrant la Création et l’Inspiration, des panneaux en terre cuite sur des thèmes tels que le Progrès, ainsi qu’une profusion de motifs floraux et végétaux. Sa palette de couleurs — un délicat mélange de tons pastel de nacre, de violet, de vert, de rose et d’ocre — rompait radicalement avec les codes rouge et or qui prévalaient alors dans la décoration des théâtres. Un critique a comparé l’entrée dans la salle à un regard sur le pays des fées.
Ce qui avait été perdu
L'état du théâtre faisait de sa restauration un projet colossal. Le plâtre, le bois, les décorations peintes et la structure elle-même avaient subi d'importants dégâts causés par l'eau. Moins d’un quart des éléments décoratifs d’origine étaient restés intacts, et ceux qui avaient survécu avaient été peints en marron pour réduire les reflets sur l’écran de cinéma. Les loges — chacune portant à l’origine le nom d’une fleur différente — avaient été supprimées dans les années 1950 pour faire place à un écran large. La première tâche consistait simplement à enrayer la dégradation du bâtiment : réparer le toit et les fenêtres pour mettre fin aux infiltrations d’eau, et installer un système de chauffage temporaire pour évacuer l’humidité déjà présente à l’intérieur.
Interprétation, et non reproduction
La restauration d’un bâtiment à l’histoire si longue et si riche a soulevé une question incontournable : quel New Amsterdam était le véritable New Amsterdam ? Devait-il retrouver son état d’origine de 1903 ? Ou celui de son apogée, entre 1913 et 1936, lorsqu’il abritait les Follies? Faut-il retirer la marquise Art déco de 1937 pour retrouver la façade d’origine de 1903 ? La réponse de H3 s’est inspirée de la conviction fondamentale de Hugh Hardy concernant les bâtiments historiques : la préservation doit interpréter l’histoire plutôt que la reproduire. Comme Hardy le citait souvent d’après Ada Louise Huxtable, une reproduction authentique est un véritable oxymore ; une copie reste une copie, aussi habile que soit son intention.
L'objectif était de créer un ensemble harmonieux qui rende compte du passage du temps — un théâtre qui donne l'impression d'être bien entretenu, et non pas un théâtre qui prétendrait qu'un seul instant de son existence est le seul qui mérite d'être retenu.
— H3 Architecture de collaboration Hardy
Ce projet alliait science et recherche. L'analyse des peintures, les photographies d'époque et les descriptions écrites ont permis de reconstituer l'aspect d'origine du théâtre ; des maquettes ont permis à l'équipe de choisir les finitions et d'imaginer le résultat avant de s'engager. Une grande partie des ornements en plâtre ayant été détruite, les artisans les ont recréés à la main, et des techniques sophistiquées de peinture et de lasure ont permis d'éviter que les nouvelles réalisations n'aient l'air trop neuves. Une description datant de 1905, évoquant des tapis semblables au sol vert d’une forêt, parsemés de petites fleurs, a guidé la réinterprétation des revêtements de sol, des tissus des sièges et des rideaux de scène.
Un monument vivant pour un nouveau siècle
Une simple restauration aurait donné naissance à un musée. Le New Amsterdam devait fonctionner comme une salle de spectacle contemporaine capable d’accueillir des comédies musicales à grande échelle. Des équipements que le bâtiment d’origine n’avait jamais envisagés ont été intégrés : climatisation, salons pour hommes et pour femmes, halls d’entrée au niveau de la mezzanine et du balcon, accessibles par ascenseur. Le problème technique le plus difficile dans un ancien théâtre est rarement la décoration, mais l’air. Des conduits incurvés à fentes ont été fabriqués sur mesure pour s’adapter au motif du plafond existant, afin que l’air conditionné puisse être introduit à travers les grilles d’origine. Le système est invisible ; l’élément décoratif pour lequel la salle est admirée est devenu le registre fonctionnel qui la rend habitable.
L'éclairage scénique, les structures de suspension, la sonorisation et tout l'arsenal technique nécessaire aux spectacles modernes ont été intégrés avec la même rigueur — omniprésents sans jamais s'imposer là où ils auraient pu gêner. Les prouesses techniques du bâtiment d'origine, notamment la construction en porte-à-faux novatrice de Herts & Tallant qui offrait aux deux balcons une vue dégagée, sans aucune colonne, ont été mises en valeur plutôt que masquées.
La renaissance de la 42e rue
La restauration du New Amsterdam n’était pas une simple initiative isolée de préservation. Elle a constitué la pierre angulaire d’un partenariat public-privé qui a catalysé la renaissance de la 42e Rue, projet qui a le plus contribué à redonner à Theater Row la place qui lui revient parmi les principales destinations de divertissement de New York. Elle a illustré une leçon que H3 a mise en pratique dans ses interventions urbaines à travers tout le pays : un seul édifice culturel, pleinement réalisé et restauré avec conviction, peut changer la trajectoire économique et culturelle de tout un quartier.